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Être là, soulager la douleur

J'ai peur des hôpitaux, presque une phobie. Pourtant lundi c'était la deuxième fois que j'y allais en moins d'un mois. J'accompagnais mon nouveau colocataire, G., à sa chimio. Rechute de cancer. Traitement assez difficile.

Ce n'est pas si difficile que cela pour moi. Je l'accompagne, lui fais la conversation dans la salle d'attente, qui sera sans doute interrompue par la prise de sang et la consultation avec le médecin. On a le même boulot lui et moi: moi je gère une équipe de 15 dans une PME, lui une équipe de 50 dans une grosse entreprise. On lit le journal, ensemble ou chacun de notre côté, et on joue à Guitar Hero.

Je luis propose souvent s'il veut que j'aille lui chercher quelque chose à manger, à boire, s'il a froid.  En général, la seule chose que je vais chercher c'est du café. Pour moi. Il n'est pas bon ce café d'ailleurs, mais ça me permet de marcher, de me réchauffer.

De penser à autre chose pendant quelques secondes, quelques minutes s'il y a du monde.

Je le rejoins dans la salle d'attente, une petite pression sur l'épaule pour le prévenir que je suis là. Il s'est endormi sur la canapé et rapproche sa tête. On ne se touche pas mais il sait que j'ai un œil sur lui, que je vérifie que tout va bien régulièrement, même si je joue le même morceau à Guitar Hero pour obtenir ces satanées 5 étoiles. Mais il y a toujours une mamie pour me pousser, alors je n'obtiens pas la note maximale malgré mes efforts. 

On finit enfin par nous appeler pour le traitement. Je sais qu'il tremble, qu'il a peur. G. est phobique des aiguilles. Un regard, une main sur son épaule, il s'apaise.

Il s'installe à sa place, il redevient nerveux. Je le regarde avec un petit sourire gentil: "Tout va bien se passer". Toujours les mêmes murmures, les mêmes gestes rassurants.

L'infirmière s'approche, il sait que c'est son tour. Les infirmières sont agréables et douces, elles écoutent les patients, leur laissent un peu de répit pour se calmer s'il faut.

Le grand moment tant redouté est arrivé. Je lui tend ma main qu'il agrippe comme un talisman. Il s'y accroche comme pour croire que la douleur et la peur seront moins fortes. Peut être. De toute façon il sait que si c'était possible je la prendrai à sa place l'aiguille: je n'en n'ai pas peur. J'ai peur de beaucoup de choses mais pas de ça. 

"C'est fini...". Il relâche ma main, s'excuse. Je lui souris. Il attrape son verre d'eau et son Ipod, l'attente continue. De mon côté j'attrape mon carnet et mon stylo, j'ai toujours des idées à ce moment là, que je griffonne à la hâte, en le regardant du coin de l'œil, on ne sait jamais.

Pendant le traitement on ne se parle pas. C'est un moment d'introspection pour nous deux. Pas un instant de répit, non, un instant de réflexion. On est à côté mais chacun dans notre monde.

Lorsque l'infirmière viendra  enlever l'aiguille, je lui retendrai ma main. Au cas où. Mais il ne la saisira pas, il s'agrippera à l'accoudoir du fauteuil quand on lui enlèvera le sparadrap. Je continuerai à lui sourire, je l'aiderai à empaqueter ses affaires, lui redemanderai s'il a faim, soif ou froid.

On rentrera tous les deux  à la maison, je lui préparerai une collation ou son repas. Et je veillerai sur lui toute la journée. Et demain, je retournerai au boulot.

Certains ne comprendront pas pourquoi je "gaspille" un jour de congé pour aller à l'hôpital. A ceux là je répondrai que c'est une belle leçon d'humilité: je ne sais pas si je fais bien, je fais avec ce que je suis et je sais surtout pourquoi je le fais.

Et chaque fois j'en ressors grandie.

Bibis discrets. 

 

Vos commentaires

1 Le Mardi 15 Juillet 2008 à 13:29 GMT+2, par Cha

je ferai surement la même chose. :)

2 Le Mardi 15 Juillet 2008 à 14:03 GMT+2, par lalylue

Ton texte m'a beaucoup touchée ...et bouleversée ... tu es quelqu'un de "VRAI" ...c'est rare de nos jours ... je me souviens quand j'accompagnais mon Papa à ses séances ...la même émotion, la même discrétion ...et ces silences lourds de sens ...
Je comprends très bien que tu "sacrifie" un jour de congé pour ton ami ... dans ces cas là ,on est prête à sacrifier tout son temps libre ...par amour, par amitié, par humanité ...

3 Le Mardi 15 Juillet 2008 à 17:16 GMT+2, par Headbanging

Ton article est très beau, très sincère. Il a de la chance ton colloc' de t'avoir. Je suppose que dans ces moments là, une présence (même silencieuse) est très réconfortante.
J'espère que la chimio fera effet rapidement...

Gros bisous.

4 Le Mardi 15 Juillet 2008 à 18:09 GMT+2, par Louloute

>> Cha: J'ose croire que c'est ce que tout le monde ferait dans de telles situations...

>> Lalylue: C'est gentil ce que tu me dis là. Ca a du être difficile pour toi de vivre cela: déjà que je trouve cela assez ardu alors que c'est mon coloc, je n'imagine pas ce que ça doit être quand c'est un parent...

En tout cas je suis contente de voir qu'on me comprend... Des fois je me sens un peu "alien" alors que ce n'est qu'un témoignage de soutien...

Un moment de partage...

>> Headbanging: Merci, c'est sincère en effet.
En fait je ne trouve pas qu'il "a de la chance" dans la mesure où cela me semble complètement naturel de l'accompagner: Si j'étais à sa place, je suis sure qu'il ferait pareil.

J'espère surtout qu'après la chimio ce sera fini de cette maladie et qu'il pourra construire sa famille.

Bibis

5 Le Mercredi 16 Juillet 2008 à 19:51 GMT+2, par laura

Non Magali, tu ne "gaspilles" pas une journée de boulot, tu offres un moment précieux à ton ami, ton sourire, ta présence, tes mots d'encouragement et ton silence. Il a de la chance, si j'ose dire, de t'avoir et moi je suis très fière de toi, ce qui n'est pas vraiment nouveau. Je suis fière que tu fasses partie de ma vie.
Bisous à partager avec tes amis.

6 Le Mercredi 16 Juillet 2008 à 22:20 GMT+2, par Louloute

>> Laura: A mon sens ce n'est pas, et ne sera jamais, du gaspillage de mon temps, que celui-ci soit du temps de vacances, off ou travaillé.

Mais j'en avais marre qu'on me demande avec un air niais "pourquoi tu fais ça?". Je voulais qu'on comprenne que c'est important pour lui, pour moi, pour ses proches.

Et puis je voulais rendre un "hommage" aux accompagnateurs des malades car ce n'est pas toujours évident comme situation.

Merci pour ce commentaire très gentil dont les mots me vont droit au coeur.

Gros bibis et à samedi!

7 Le Samedi 19 Juillet 2008 à 17:06 GMT+2, par MCM

C'est loin d'être une journée gaspillée,C'est une belle preuve d'amitié,j'espère de tout coeur que ton ami se remettra de cette rude épreuve.
Gros Bisous!

8 Le Samedi 19 Juillet 2008 à 17:35 GMT+2, par Louloute

>> MCM: Moi aussi j?espère qu'il s'en remettra bien vite!

Bibis

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