Saisir l'instant, le savourer...
Malgré mon fond angoissé et mes tendances à être stressée pour un rien, je fais partie de ceux qu'un rien émeut, pour qui les choses insignifiantes n'existent pas: un flocon de neige est toujours poétique à mes yeux, un pétale de fleur souvent suave, une goutte de rosée sur un brin d'herbe synonyme de bonheur, etc.
Je me surprends souvent à laisser fureter mon regard au gré de mes ballades, à la recherche d'un petit détail pour m'extasier et laisser virevolter mon esprit. Rêver tout simplement...
Sans doute mes parents s'étaient-ils aperçus de ce trait de caractère assez tôt pour me proposer des cours de dessin. Déjà à l'époque, on me trouvait une disposition naturelle pour jouer avec le crayon, que ce soit pour écrire ou esquisser quelques paysages ou silhouettes.
Mais comme les cours d'écriture ne devaient pas être légion dans les alentours de mon lieu de vie, mes parents m'ont proposé de prendre des cours de dessin et de peinture.
Trop contente de pouvoir occuper quelques uns de mes après-midi d'une manière si ludique, je me suis donc embarquée dans cette belle aventure qu'est la découverte du dessin et de la peinture à l'huile.
C'est ainsi que pendant des années, j'ai tâté du crayon, estompé du fusain et de la sanguine, déversé mes états d'âmes via le couteau ou retranscrit mes sentiments grâce à mes pinceaux chargés de couleurs plus éclatantes les unes que les autres.
Et puis, les choses ont changé: quelque chose d'imprévu qui arrive, on y avait pas songé. On quitte nos repères dont les cours tant aimés faisaient parti pour commencer autre chose. L'esprit est occupé, on ne pense pas trop à cette activité qui nous plaisait tant, mis à part quand on se surprend à esquisser une pomme, un visage alors que l'on est en plein conversation téléphonique...
Voilà plus de 8 ans que je n'avais plus touché un fusain... Et puis, il y a peu...
Je suis passée devant Omer De Serres, dans un des centres d'achats du centre-ville de Montréal. Je suis rentrée et tout naturellement je suis allée caresser les feuilles de papier, tester les mines de crayon, pastels, fusains ou sanguines, admirer les rayons de tubes de peinture, malaxer les gommes mie de pain, sentir l'odeur des estompes encore vierges...
J'étais bien là.
Et puis je suis sortie comme j'étais entrée, c'est-à-dire les mains vides.
Ce n'est que quelques jours plus tard, après avoir mangé un brownie avec Choupinette (encore elle!) à Juliette et Chocolat (on ne change pas une équipe qui gagne), que je me suis décidée à acheter tout ceci. Contente de renouer avec cette passion trop longtemps mise de côté, mais à la fois un peu sur ma réserve: et si j'avais tout oublié? Et si je n'étais plus capable de dessiner?
Alors il m'a fallu du temps avant de me lancer. Du temps pendant lequel je les regardais ces crayons et fusains sans trop oser : que dessiner? Quelque chose de pas trop difficile pour reprendre le chemin de l'esquisse, mais quoi?
Ce soir, je suis allée chercher le pied de tomates sur le balcon pour m'en occuper un peu: entre les grosses chaleurs suivis d'orages, le chien du voisin qui lui mange les feuilles et les oublis d'arrosage répétitifs, il était temps de lui accorder un peu d'attention.
Je m'en suis occupée, ai bien arrangé la terre, lui ai donné un peu d'eau.
Le temps que je nettoie ce que j'avais sali, je l'ai posé sur le repose-pied, devant la fenêtre. J'ai remis en l'état le plan de travail puis je me suis retournée, direction le salon pour aller remettre le pied de tomates à sa place.
J'ai tout de suite eu le déclic, j'ai savouré cet instant et voulu le saisir du mieux que je pouvais...
A l'heure actuelle, il n'a pas bougé du repose pied. Mes fusains en revanche ont repris du service:
J'ai quelque peu retrouvé mon coup de crayon, la photo est pas terrible, mais le résultat est là: j'ai recommencé à dessiner.
Et rien que ça, ça méritait un article.
Bibis artistiques
Par Louloute, Jeudi 12 Juin 2008 à 03:56 GMT+2 dans Passes temps et autres passions (article, RSS)










