
Mardi, fin d'après midi.
Pour la première fois depuis longtemps, lorsqu'elle sort de son travail, il fait encore jour. Pas d'heures supplémentaires aujourd'hui, pas de soirée à travailler avec acharnement.
Elle prend le bus pour rentrer chez elle, descend à son arrêt habituel. Elle va à la supérette toute proche chercher de la lessive, elle doit laver son manteau, elle a des rendez-vous importants cette fin de semaine et a donc besoin que son manteau favori soit propre.
Une fois son achat effectué, elle va au bureau de tabac. Elle veut savoir si elle a gagné au Loto et acheter un paquet de cigarettes, histoire d'en avoir, pour se relaxer. Elle n'a pas gagné, bien entendu, mais elle rejoue quand même pour cette semaine.
Normalement, après son escapade au bureau de tabac, elle se rend chez la libraire, juste à côté. Mais ce soir, la libraire est fermée, sans doute un inventaire ou quelque chose du genre.
Normalement, elle serait rentrée chez elle pour faire sa lessive avant de partir à son cours de yoga pendant lequel elle aurait réfléchi à son repas du soir, forcément léger puisqu'elle tient à garder la ligne.
Mais ce soir, il fait encore jour et elle est rentrée du travail. Pour la première fois depuis qu'elle habite ici, elle décide de s'attabler à la terrasse du café juste à côté du bureau de tabac.
Elle commande un chocolat chaud car le café l'empêcherait de dormir. Elle règle sa commande à peine déposée sur la table. Elle se demande ce qu'elle fait là, pourquoi tout d'un coup elle a eu envie de s'attabler à cette terrasse de café déserte ou ses seuls compagnons d'infortune sont des feuilles mortes à ses pieds.
Elle n'a pas de livre à lire pour s'occuper, alors elle regarde les voitures passer. Elle repense à la difficile conversation, "la charge" comme elle l'appelle, qu'elle a eu avec son patron hier. Il n'était pas fâché, il veut qu'elle progresse. Pourtant elle s'est sentie acculée, mal à l'aise, défaillante. Elle a même failli pleurer.
Elle se rappelle aussi l'échange téléphonique qu'elle a eu hier avec son amie. Poignant, profond, vrai et empreint de sensibilité et de bons sentiments comme toujours. Son regard triste dans le vague, elle repense à ses larmes qu'elle gardait depuis longtemps et qu'elle a enfin pu libérer.
Au fur et à mesure qu'elle sirote son chocolat chaud, elle fait un bilan de sa vie, du chemin qu'elle a parcouru, des choix qu'elle a fait. De temps à autres, elle regarde les gens, les voitures qui passent, toute cette vie devant elle. Elle s'émerveille de tant de beauté dans le mouvement, elle sent les parfums des personnes qui passent à proximité d'elle sans la voir, elle entend ce chat qui miaule pour rentrer chez lui, quelques mètres plus loin.
Sans s'en apercevoir, la nuit est tombée et les étoiles parsèment le ciel. Il est temps pour elle de rentrer chez elle.
Après cette pause dans l'agitation, elle est sereine, apaisée.
Et surtout très heureuse d'avoir pu vivre une telle tranche de vie, si agréable dans sa simplicité.
Bibis novellistes
Ceci est ma participation (in extremis!) au jeu d'écriture(s) n°2 du blog à 1000 mains tenu par Madame Kévin et Lizly. La photo est de cette dernière.